12 mai 2026.

Tôt le matin, nous quittons la baie de Naousa pour continuer à profiter du vent de secteur Sud et gagner encore dans le Nord des Cyclades.

Nous avions apprécié l’île de Syros, découverte il y a trois ans, c’est donc avec plaisir que nous repartons vers sa ville principale Ermoupoli, également capitale des Cyclades.


Pendant la révolution grecque de 1821, les habitants des îles voisines vinrent se réfugier à Syros. La composition religieuse de l'île et son organisation urbaine furent alors totalement transformées. Majoritairement catholique, les côtes de Syros étaient désertées depuis le Moyen âge. Avec l’arrivée de ces nouveaux habitants orthodoxes, l’ancienne capitale Ano Syros juchée sur une colline s’est agrandie d’un port dynamique, Ermoupolis.


C’est à cette époque qu’ont été bâties les premières demeures cossues en bord de mer, transformant la capitale. Alors que les Syriotes de souche, à majorité catholiques, habitaient sur les hauteurs, les orthodoxes construisirent une ville à l’architecture beaucoup plus monumentale à influence européenne. 

Marchands, marins et artisans venus d'horizons divers ont apporté leurs traditions culturelles et leurs savoir-faire à leur nouvelle patrie. De ce brassage est née une société nouvelle. Au milieu des ravages de la Révolution grecque, la première ville de commerce et de navigation de la Grèce moderne fut créée.

Les réseaux des maisons de commerce grecques transformèrent la nouvelle ville en une plaque tournante du commerce de transit en Méditerranée orientale.

Marché central du fret, siège des compagnies d'assurance, place de change, escomptes et facilités de crédit, Syros desservait le commerce de toute la Grèce. Ermoupolis était l’un des ports les plus importants de la Méditerranée orientale tout au long du XIXe siècle.

Travaux portuaires, télécommunications, construction navale et navigation : les arts développés pour dompter la mer constituaient une part importante du potentiel technique de la ville.

De célèbres charpentiers de marine y travaillèrent dès les premières années de la colonisation, hissant le chantier naval de Syros à l’avant-garde de la production navale grecque au XIXe siècle.

À proximité, des industries complémentaires prospéraient : forge, menuiserie, peinture, corderie, textile. Le musée de l'industrie d'Ermoupolis que nous avons visité nous a fourni des informations sur ce dynamisme.


Ville industrieuse, c’est à Ermoupolis qu'éclata la première grève d’ouvriers en Grèce en 1879. Avec les grandes mutations technologiques de la fin du XIXe siècle, la carte des communications maritimes fut redessinée. Ermoupolis cessa d'être un carrefour du réseau d'échanges internationaux et son commerce de transit s'effondra.

Cependant, la ville héritait d'une richesse et d'un savoir-faire commercial qui lui permirent de surmonter la crise en se tournant vers l'industrie et la navigation à vapeur.

Les hommes d’affaires de Syros furent les pionniers de la création de la flotte grecque à vapeur, achetant les premiers navires à vapeur en Angleterre avant de les construire sur place dans les chantiers d'Ermoupolis.

L’art de la construction navale est encore bien vivant à Syros aujourd’hui.

L'ambiance se prête donc aux petites réparations que nous avons à faire à bord...

Nous changeons la pompe à pied d'eau de mer qui commençait à fuir et grâce à Isa et Daniel, installés depuis trois ans à Syros, le compteur de débit d'eau retrouve une nouvelle jeunesse.... Merci à eux !


Nous prenons bien sûr le temps de faire de belles escapades dans cette ville cosmopolite où les quartiers populaires côtoient les quartiers huppés.

Bellisa nous attend sagement avec vue sur la ville.


L'ambiance du port de pêche nous plait tout particulièrement.

Le quartier du chantier naval avec le balai des remorqueurs est un spectacle toujours impressionnant.

Ce qui ne nous empêche pas d'aller flâner dans les "quartiers chics", aux rues et places pavées de marbre, notamment autour de l'église Saint Nicolas, particulièrement imposante.


Ermoupolis a également une vocation culturelle.

Elle est la ville natale du musicien Markos Vamvakaris, considéré comme le plus grand compositeur de rébétiko, bouzoukiste, parolier et interprète dont le style a marqué des générations de Grecs.

Mikis Theodorakis, compositeur et homme politique grec bien connu, a déclaré :

"Nous sommes tous des branches de l'arbre et cet arbre, c'est Markos Vamvakaris."

Escale toujours aussi plaisante !